Sabine est accompagnée par une éducatrice de l’Aide Sociale à l’Enfance depuis qu’elle a 15 ans. Adoptée à 5 ans en Roumanie, les relations avaient difficilement évolué avec ses parents adoptifs jusqu’au moment où elle est tombée enceinte. Elle a été mise à la porte de chez elle, ses parents voulant « la désadopter ». Sabine a choisi de garder le bébé, malgré tout. Une petite fille, Amanda est née. Sabine a été accueillie en Centre Maternel, qui l’a aidée à apprendre à s’occuper de sa fille et aussi à essayer de construire un projet d’autonomie pour elle et Amanda. Aux 3 ans d’Amanda, la prise en charge en centre maternel s’arrêtera. Elle a besoin d’accéder à une formation et est attirée par une formation d’auxiliaire de puériculture qui lui permettra de s’occuper d’enfants, comme sa fille. A 18 ans, elle a demandé un Contrat Jeune Majeur à l’Aide Sociale à l’Enfance. Cette demande a été acceptée : elle suivra sa formation (5 mois théoriques et 6 mois de stage). Sa fille sera accueillie sur la crèche, adossée au Centre maternel. A la fin de son stage, dès qu’elle aura trouvé un emploi, après la confirmation de sa période d’essai, elle sera accompagnée par le Centre Maternel vers un logement type studio, pour se débrouiller seule. C’est un beau projet, cohérent et qui permet une insertion. Pour autant, il n’y aura pas beaucoup de place pour cette jeune fille, pour le doute, la fatigue occasionnée par ses études, l’éducation de son enfant et les envies de divertissement d’une jeune fille de cet âge…

Comme nous l’avons déjà vu dans nos précédents articles, l’Aide Sociale à l’Enfance accompagne les mineurs, à la suite de mesures administratives ou judiciaires.

Mais elle peut également soutenir les jeunes majeurs qui lui demandent de l’aide. Dans ce cas, le jeune majeur conclut avec l’Aide Sociale à l’Enfance un contrat, appelé Contrat Jeune Majeur, qui détermine les engagements réciproques du majeur (objectifs de suivi d’une scolarité, voire réussite à un examen, de gestion d’argent mensuelle, de suivi médical ou psychologique, par exemple) et ceux de l’Aide Sociale à l’Enfance (accompagnement par un travailleur social, financement d’un logement, des études…). Cet accompagnement peut se poursuivre des 18 ans jusqu’aux 21 ans du jeune accompagné.

À la vue des difficultés que les jeunes, accompagnés par l’ASE, ont connues (difficultés dans les relations familiales qui peuvent mener jusqu’au placement), il est paradoxal de leurs demander d’être autonomes et insérés dans la société civile, dès 18 ans, alors que le chômage des jeunes est de 20,8% (chiffres INSEE pour 2018) et l’accès au logement si difficile. Aussi, l’accompagnement des jeunes majeurs est-il une « évidence » pour permettre ce moment de passage à l’âge adulte, alors que sort en salle le 2è opus de « Tanguy ».

Cependant, certaines politiques départementales de Protection de l’Enfance peuvent traduire une certaine « frilosité » à conclure des Contrats Jeunes Majeurs qui pèsent un certain « poids financier ».

Mme Bourguignon a travaillé sur une proposition de loi en juin 2018 visant à renforcer l’accompagnement des jeunes majeurs vulnérables vers l’autonomie. Ce texte sera mis à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale à partir du 6 mai 2019.

Affaire à suivre…