L’esprit de la Loi en Protection de l’Enfance est d’accompagner parents et enfants pour que les relations dans la famille soient suffisamment « bonnes » pour que les enfants « grandissent » et puissent devenir des adultes en capacité de trouver une place et prendre leur rôle dans la société civile. Pour cela, les parents ont un devoir d’éducation qui s’appuie à la fois sur les besoins de l’enfant et sur la prise en compte de son développement à venir.

Ainsi, un placement n’est pas une fin en soi ; que ce soit le juge qui le décide ou la famille qui le demande, le but du placement est d’être temporaire, « un moment » dans la vie de la famille. La séparation doit être l’occasion d’accompagner l’enfant dans son développement et les parents dans leur expérience de la parentalité.

En effet, reprendre une vie ensemble, alors qu’il y a eu des conflits, parfois graves, des négligences éducatives, voire de la maltraitance ne peut s’envisager que lorsque l’enfant retrouve une place adaptée dans sa famille et que sa famille essaie de changer en profondeur pour éviter que, l’enfant revenant dans sa famille, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Alia, Sapho et Garance, sont trois sœurs de 4, 6 et 9 ans, élevées par une maman seule. Elles sont de père différent. Leur maman a été quittée par ses différents conjoints qui ne s’occupent pas des enfants. Elle vit mal cette situation. Elle arrive à maintenir son travail de cantinière dans une école, mais le soir, découragée, elle s’alcoolise. Ainsi, les petites sont habituées à s’occuper de leur maman quand « elle ne va pas bien », mangent ce qu’elles trouvent dans le réfrigérateur et vont dormir chez leur voisine si « leur maman s’énerve ». Un signalement, fait par l’école qui trouvait les enfants négligées, a amené une séparation et un placement en urgence. Au cours des 6 mois de placement, leur maman, bien que réticente au départ, a pu entendre l’inquiétude de ses filles pour elle, depuis qu’elles ne sont plus à la maison pour s’occuper d’elle. Elle s’est mobilisée, a fait une démarche auprès du médecin pour prendre en charge sa dépression. Elle a aussi rencontré quelqu’un et a « envie de s’en sortir ».

Mais, la situation est encore fragile et cette maman souhaite se préparer à avoir ses filles au domicile. Il est ainsi convenu avec la structure d’accueil (qu’on appelle une Maison d’Enfants à Caractère Social) et le référent de l’Aide Sociale à l’Enfance que les enfants vont être en alternance sur l’internat éducatif et à la maison pour préparer le retour « en douceur » et s’assurer que l’amélioration des derniers mois ne retombe pas. Pendant un mois, les filles rentrent tous les week-end. Lorsque l’évaluation faite par les enfants et la mère, mais aussi les travailleurs sociaux, est positive, il est décidé, le deuxième mois que les filles rentrent également le mercredi. Ainsi, elles restent lundi, mardi, jeudi et vendredi à l’internat. Deux mois après, la mère et les enfants expriment le fait que cela se passe vraiment bien. Un essai de semaine entière est fait, puis une semaine sur deux lors du 3è mois. Le 4è mois, le juge prononce une mainlevée du placement et les enfants vivent de nouveau au domicile maternel.

D’autres alternatives existent également pour permettre un retour au domicile : lorsque la situation familiale a suffisamment évolué, que les parents sont prêts à répondre aux besoins de leur enfant, qu’ils se sont recentrés sur l’exercice de leur autorité parentale, une mesure d’Accueil Modulable (ou de Placement A Domicile, ou d’Accueil et d’Accompagnement à Domicile, autant de noms qui recouvrent le même type de réalité…) peut être prononcée. Il s’agit d’accompagnement de façon intensive, parents comme enfants, au domicile. Un lit de « répit » dans un établissement collectif existe pour pouvoir accueillir les enfants en cas de crise au domicile. Les intervenants sociaux sont présents ou joignables lors des moments éducatifs qui peuvent être difficiles (le matin au lever ou pendant les repas…). L’expérience des parents autour de leur parentalité est interrogée pour qu’ils puissent l’adapter le mieux possible aux besoins de leurs enfants.

Ce type de mesures permet d’accompagner au plus proche le retour des enfants au domicile familial. Cependant, elle nécessite un engagement des parents, une « alliance » entre eux et les travailleurs sociaux. Sans cette alliance, qui peut aller parfois jusqu’à la « co-éducation », rien n’est possible. Famille et travailleurs sociaux se retrouvent autour de « l’intérêt supérieur de l’enfant ».